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MATHÉMATIQUES

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Notations et définitions

Dans tout le problème on considère des matrices carrées n × n à coefficients réels, et on note M_n l'ensemble de ces matrices. Si M appartient à M_n, m_(ij) désignera son coefficient sur la ligne i et la colonne j. On définit les sous-ensembles de M_n suivants:
GL_n, = {M ∈ M_n; detM ≠ 0}; O_n, = {M ∈ M_n; ^t MM = 𝟙}
où 𝟙 est la matrice identité, n'ayant que des 1 sur la diagonale et nulle ailleurs,
A_n = {M ∈ M_n; ^t M = − M}, l'ensemble des matrices antisymétriques,
T_n = {M = (m_(ij)) ∈ M_n; m_(ij) = 0 si i < j}, l'ensemble des matrices triangulaires inférieures,
et son sous-ensemble
P_n = {M = (m_(ij)) ∈ T_n; ∀i, m_(ii) > 0}.
Une application bilinéaire φ : E × E → F, où E et F sont deux espaces vectoriels, est díte alternée si, pour tout u ∈ E, φ(u, u) = 0.
Dérivation : si u est une fonction dérivable d'une variable réelle t, on note u˙(t_0) sa dérivée en t_0.

0. Préliminaires

On munit M_n de la norme suivante (qu'on ne demande pas de justifier)
∀B ∈ M_n, N(B) = sup_(x ∈ ℝ^n − {0}, ‖x‖ ≤ 1)(‖Bx‖)/(‖x‖)
où ‖x‖ = √(x_1^2 + ⋯ + x_n^2) est la norme euclidienne de x.
  1. Soit B une matrice de M_n. Montrer que la série
expB = ∑_(k = 0)^∞(B^k)/(k!)
est convergente.
2. Justifier que exp(− B) est l'inverse de expB. En déduire que expB appartient à GL_n.
3. Montrer que l'application φ : ℝ → M_n, t ↦ exp(tB) est une fonction de classe C^1 et calculer sa dérivée.
4. Montrer que B commute avec exp(tB).

I. Équation de Lax

L'objectif est de résoudre certaines équations différentielles ordinaires du premier ordre dL/dt = f(L) où L appartient à un sous-espace vectoriel E ⊂ M_n.
  1. On définit le crochet de deux matrices A, B de 𝔐_n par
[A, B] = AB − BA
(a) Montrer que A, B ↦ [A, B] est une application bilinéaire alternée.
(b) Que peut-on dire de la trace de [A, B] ?
(c) Montrer que le crochet de deux matrices antisymétriques est une matrice antisymétrique.
(d) Montrer que si A, B ∈ 𝔗_n, alors AB ∈ 𝔗_n et [A, B] ∈ 𝔗_n.
2. (a) Soit t ↦ A(t) une application de classe C^1 d'un intervalle I dans GL_n. Justifier que t ↦ A^(− 1)(t) est également de classe C^1 et donner une expression simple de sa dérivée en fonction de la dérivée A˙.
(b) Soit maintenant X une matrice fixée. Dériver l'application t ↦ A(t)^(− 1)XA(t) et montrer que
d/(dt)(A^(− 1)XA) = [A^(− 1)XA, A^(− 1)A˙]
  1. On considère l'équation différentielle ordinaire suivante dans M_n (dite de Lax) :
{L˙ = [L, M]; L(0) = X
où M = M(L) est une matrice dépendant continument de L et X une matrice constante fixée. Montrer que si t ↦ L(t) est une solution de (1) sur un intervalle I, alors TrL(t) est constante.
4. Dans toute la suite du problème L est une solution de (1). On rappelle que le spectre d'une matrice M est l'ensemble de ses valeurs propres (y compris complexes). Nous nous proposons d'étudier le spectre de L(t) quand t varie.
(a) Soit I un intervalle et B : I → M_n une fonction de classe C^1 dont le déterminant ne s'annule jamais.
i. On suppose ici que B(0) = 𝟙; calculer la dérivée en zéro de detB.
ii. Calculer la dérivée dedetB dans le cas général et pour tout t.
(b) Montrer que si pour un certain t_0 ∈ I, detL(t_0) ≠ 0, alors detL est constant (non nul). Que peut-on dire dedet(L(t) − λ𝟙) où λ est un nombre complexe fixé?
(c) Conclure que le spectre de L ne varie pas avec t. On dit que la solution est isospectrale.
5. On suppose que X possède n valeurs propres réelles distinctes.
(a) Montrer qu'il existe pour tout t une matrice A(t) telle que L(t) = A(t)^(− 1)XA(t). Est-elle unique?
(b) En admettant que l'on peut choisir t ↦ A(t) de telle sorte que A soit de classe C^1, quelle équation différentielle A satisfait-elle (on pourra faire intervenir la matrice M )?
(c) Vérifier qu'une solution du système suivant dans M_n
{A˙ = AM; A(0) = 𝟙
s'il en existe, satisfait l'équation différentielle de la question 5 b. Justifier l'existence de solutions de (2). En déduire une façon de construire les solutions de (1). Que peut-on dire dans le cas où X n'a pas toutes ses valeurs propres distinctes?
6. Déduire de ce qui précède la solution de (1) quand M est une matrice constante.

II. DÉCOMPOSITION DE MATRICES

  1. (a) Montrer que A_n et T_n sont des sous-espaces vectoriels de M_n et que M_n = A_n ⊕ T_n. On notera par la suite π_1 : 𝔐_n → A_n et π_2 : 𝔐_n → 𝔗_n les projections qui à un élément B associent les deux termes dans la somme directe (c'est-à-dire B = π_1(B) + π_2(B) ).
    (b) Montrer que O_n et 𝔓_n sont des sous-groupes de GL_n.
    (c) Montrer que si M ∈ A_n alors expM ∈ O_n. De même si M ∈ T_n, expM ∈ P_n.
    (d) Soit I un intervalle de ℝ. Montrer que si R : I → O_n (respectivement T : I → P_n ) est une application de classe C^1, alors R^(− 1)R˙ (resp. T^(− 1)T˙ ) est à valeur dans A_n (resp. T_n ).
  2. (a) Montrer que tout élément B ∈ GL_n peut s'écrire comme le produit RT d'une matrice R ∈ O_n par une matrice T ∈ P_n (on pourra s'inspirer de la décomposition de Gram-Schmidt).
    (b) Montrer que cette décomposition est unique. On notera respectivement Π_1 et Π_2 les applications de GL_n dans M_n qui à B associent les éléments R ∈ O_n et T ∈ P_n issus de la décomposition de la question II.2a.
    (c) Soit I un intervalle et B : I → M_n une application de classe C^1 telle que ∀t ∈ I, B(t) ∈ GL_n. Pour tout t ∈ I, on pose R(t) = Π_1(B(t)) et T(t) = Π_2(B(t)). Montrer que R et T sont des applications de classe C^1 à valeur dans M_n.
  3. On veut résoudre l'équation dans M :
{L˙ = [L, π_1(L)]; L(0) = X
(a) On cherche la solution sous la forme A(t)^(− 1)XA(t). Donner une équation différentielle pour A et une condition en t = 0 qui garantissent que L : t ↦ A(t)^(− 1)XA(t) satisfait (3).
(b) Montrer que A(t) = (Π_1(exp(tX))) est la solution.

III. Réseau de Toda

On considère n particules de masse 1 se déplaçant sur une droite, de position q_i et vitesse p_i pour i entre 1 et n. Par souci de concision, on notera q le n-uple (q_1, …, q_n); de même pour p.
La i-ème particule est repoussée par les particules i − 1 et i + 1 et subit une accélération q~^_i = p˙_i = − 2e^(2(q_i − q_(i + 1))) + 2e^(2(q_(i − 1) − q_i)) (équation de Newton); la formule est modifiée aux deux extrémités : q¨_1 = p˙_1 = − 2e^(2(q_1 − q_2)) et q¨_n = p˙_n = 2e^(2(q_(n − 1) − q_n)).
On considérera le système différentiel de 2n équations à 2n fonctions inconnues issu des équations ci-dessus :
{q˙_i = p_i, pour 1 ≤ i ≤ n; p˙_1 = − 2e^(2(q_1 − q_2)); p˙_i = − 2e^(2(q_i − q_(i + 1))) + 2e^(2(q_(i − 1) − q_i)), pour 1 < i < n; p˙_n = 2e^(2(q_(n − 1) − q_n))
avec les conditions initiales q(0) = q¯, p(0) = p¯.
  1. Vérifier que le système ( ⋆ ) satisfait les conditions de Cauchy-Lipschitz pour l'existence d'une solution sur un intervalle (non précisé) I = ] − ε, ε[. On notera par la suite t ↦ (q(t), p(t)) une telle solution.
  2. On définit l'énergie mécanique du système par:
H(q, p) = 1/2∑_(i = 1)^n p_i^2 + ∑_(i = 1)^(n − 1)e^(2(q_i − q_(i + 1)))
Vérifier que t ↦ H(q(t), p(t)) est constant. On dit que la fonction H est une intégrale première du mouvement.
3. Vérifier que la fonction P : (q, p) ↦ ∑_(i = 1)^n p_i est aussi une intégrale première.
4. Soit Q la fonction (q, p) ↦ ∑_(i = 1)^n q_i. Que peut-on dire de la fonction t ↦ Q(q(t), p(t)) − tP(q(t), p(t)) ?
5. On suppose désormais que ∑_i p_i = 0. Considérons les matrices n × n suivantes
L = (p_1, e^(q_1 − q_2), 0, ⋯, ⋯, 0; e^(q_1 − q_2), p_2, e^(q_2 − q_3), 0, ⋯, 0; 0, e^(q_2 − q_3), p_3, ⋱, ⋱, ⋮; ⋮, ⋱, ⋱, ⋱, ⋱, 0; ⋮, ⋱, ⋱, p_(n − 1), e^(q_(n − 1) − q_n); 0, ⋯, ⋯, 0, e^(q_(n − 1) − q_n), p_n)
et
M = (0, e^(q_1 − q_2), 0, ⋯, ⋯, 0; − e^(q_1 − q_2), 0, e^(q_2 − q_3), 0, ⋯, 0; 0, − e^(q_2 − q_3), 0, ⋱, ⋱, ⋮; ⋮, ⋱, ⋱, ⋱, ⋱, 0; ⋮, ⋱, ⋱, 0, e^(q_(n − 1) − q_n); 0, ⋯, ⋯, 0, − e^(q_(n − 1) − q_n), 0)
autrement dit
ℓ_(ij) = {p_i, si i = j; e^(q_i − q_(i + 1)), si j = i + 1; e^(q_j − q_(j + 1)), si i = j + 1; 0, sinon, m_(ij) = {e^(q_i − q_(i + 1)), si j = i + 1; − e^(q_j − q_(j + 1)), si i = j + 1; 0, sinon
Montrer que L satisfait une équation de Lax de type (3). En déduire l'expression générale de la solution.
6. Résoudre explicitement ( ⋆ ) dans le cas n = 2, p_1 + p_2 = q_1 + q_2 = 0, avec la condition initiale q_1(0) = x et p_1(0) = 0.

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