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CONCOURS COMMUNS POLYTECHNIQUES ÉPREUVE SPÉCIFIQUE - FILIÈRE MP

MATHÉMATIQUES 1

DURÉE: 4 heures
Les calculatrices ne sont pas autorisées.
Après une première partie consacrée à l'étude de la projection sur les convexes fermés de ℝ^n on établira (dans ℝ^2 ) le théorème du point fixe de Brouwer et quelques unes de ses conséquences.
On suppose que ℝ^n est muni de son produit scalaire canonique et de la norme associée, notés ( | ) et ‖‖, donc si x = (x_1, …, x_n) et y = (y_1, …, y_n) sont des éléments de ℝ^n on a: (x|y) = ∑_(i = 1)^n x_i y_i et ‖x‖ = (x|x)^(1/2). Si X est une partie de ℝ^n on notera X^∘ son intérieur, soit f : X → ℝ^n on dira que u ∈ X est un point fixe de f si f(u) = u; si i ∈ {1, …, n}, f_i désigne la composante de rang i de f, donc f(x) = (f_1(x), …, f_i(x), …, f_n(x)).

I. Projection sur un convexe fermé de ℝ^n

  1. Démontrer que si (x, y) ∈ (ℝ^n)^2, on a |(x|y)| ≤ ‖x‖‖y‖ (inégalité de Schwarz). Montrer que |(x|y)| = ‖x‖‖y‖ si et seulement si x et y sont colinéaires. Montrer que si {a, b, c} ⊂ ℝ^n vérifie: b ≠ c et ‖a − b‖ = ‖a − c‖, on a alors: ‖a − (b + c)/2‖ < ‖a − b‖.
  2. Soit F un fermé non vide de ℝ^n, soit x ∈ ℝ^n, montrer qu'il existe u ∈ F tel que: ‖x − u‖ ≤ ‖x − y‖ pour tout y ∈ F (on supposera d'abord que F est borné avant d'étudier le cas général).
  3. Soit A un convexe fermé non vide de ℝ^n, montrer, en utilisant les questions précédentes, que pour tout x ∈ ℝ^n, il existe un unique u ∈ A tel que ‖x − u‖ ≤ ‖x − y‖ pour tout y ∈ A.
Ceci établit le théorème de projection sur les convexes de ℝ^n : soit A un convexe fermé non vide de ℝ^n, il existe une unique application, notée P, de ℝ^n dans A qui vérifie: ‖x − P(x)‖ = min{‖x − y‖ : y ∈ A}, pour tout x ∈ ℝ^n. P(x) s'appelle la projection de x sur A.
4. Montrer que s'il existe α ∈ A tel que: (x − α|y − α) ≤ 0 pour tout y ∈ A, on a: α = P(x).
5. Supposons qu'il existe y ∈ A tel que: (x − P(x)|y − P(x)) > 0.
Soit alors S : [0, 1] → ℝ définie par: S(t) = ‖(x − P(x)) − t(y − P(x))‖^2.
Montrer qu'il existe t ∈ ]0, 1[ tel que: S(t) < ‖x − P(x)‖^2.
6. Déduire de 4. et 5. que u = P(x) si et seulement si: u ∈ A et (x − u|y − u) ≤ 0 pour tout y ∈ A.
7. Soit {x, y} ⊂ ℝ^n montrer que: (x − y|P(x) − P(y)) ≥ ‖P(x) − P(y)‖^2. En déduire que P vérifie les propriétés suivantes: P est continue, P(ℝ^n) = A, P(x) = x si x ∈ A.
8. Montrer que si x ∉ A, alors P(x) ∉ ^∘ (raisonner par l'absurde en supposant qu'il existe une boule de centre P(x), de rayon strictement positif, incluse dans A ).

II. Théorème de Brouwer dans ℝ^2

Pour toute la suite du problème, on se place dans ℝ^2; si r > 0, B¯(O, r) désigne le disque fermé de centre O et de rayon r et S(O, r) le cercle correspondant, on note B = B¯(O, 1) et S = S(O, 1). On entend par application dérivable (ou C^1 ou C^2 ) de B (ou de B × ℝ ) dans ℝ^2 (ou ℝ ), la restriction à B (ou à B × ℝ ) d'une application dérivable (ou C^1 ou C^2 ) définie sur un ouvert de ℝ^2 (ou ℝ^3 ), contenant B (ou B × ℝ ), à valeurs dans ℝ^2 ( ou ℝ ).
A. Cas particulier d'une application de classe C^2
Soit f : B → ℝ^2, on suppose que f est de classe C^2 et que f(B) ⊂ B et on se propose de montrer que f possède au moins un point fixe. On va raisonner par l'absurde et supposer que: f(x) ≠ x pour tout x ∈ B.
9. Montrer qu'il existe une application ρ : B → ℝ_+, unique, telle que: x + ρ(x)(x − f(x)) ∈ S pour tout x ∈ B. Expliciter ρ, montrer qu'elle est de classe C^2 et que ρ(x) = 0 si et seulement si x ∈ S. On pose α(x) = ρ(x)(x − f(x)) et α_(ij)(x) = (∂α_j)/(∂x_i)(x) pour tout (i, j) ∈ {1, 2}^2 et φ(x) = x + α(x).
10. Montrer que, pour tout x ∈ B, la matrice ((∂φ_1)/(∂x_1)(x), (∂φ_1)/(∂x_2)(x); (∂φ_2)/(∂x_1)(x), (∂φ_2)/(∂x_2)(x)) est singulière (on pourra, à cet effet, caractériser géométriquement l'image de l'application linéaire correspondante).
11. Soit ψ : B × ℝ → ℝ définie par: ψ(x, t) = |1 + tα_(11)(x), tα_(21)(x); tα_(12)(x), 1 + tα_(22)(x)|.
(a) Montrer que: ψ(x, t) = 1 + tβ(x) + t^2 γ(x) où β et γ sont des applications continues de B dans ℝ que l'on explicitera à l'aide des applications (α_(ij))_((i, j) ∈ {1, 2}^2). Vérifier que ψ(x, 1) = 0 pour tout x ∈ B.
(b) Soit J : [0, 1] → ℝ définie par J(t) = ∬_B ψ(x, t)dx_1 dx_2. Justifier l'existence de J et calculer J(0) et J(1).
(c) Montrer, grâce au théorème de Fubini, que ∬_B β(x)dx_1 dx_2 = 0.
(d) Soit g : B → ℝ^2 de classe C^2;
soient I_1(g) = ∬_B(∂g_1)/(∂x_1)(x)(∂g_2)/(∂x_2)(x)dx_1 dx_2, I_2(g) = ∬_B(∂g_1)/(∂x_2)(x)(∂g_2)/(∂x_1)(x)dx_1 dx_2.
Montrer que:
I_1(g) =, ∫_(− 1)^(+ 1)[g_1(√(1 − s^2), s)(∂g_2)/(∂x_2)(√(1 − s^2), s) − g_1(− √(1 − s^2), s)(∂g_2)/(∂x_2)(− √(1 − s^2), s)]ds; − ∬_B g_1(x)(∂^2 g_2)/(∂x_1∂x_2)(x)dx_1 dx_2
On obtient alors, de façon analogue:
I_2(g) =, ∫_(− 1)^(+ 1)[g_1(s, √(1 − s^2))(∂g_2)/(∂x_1)(s, √(1 − s^2)) − g_1(s, − √(1 − s^2))(∂g_2)/(∂x_1)(s, − √(1 − s^2))]ds; − ∬_B g_1(x)(∂^2 g_2)/(∂x_2∂x_1)(x)dx_1 dx_2
Montrer que: ∬_B γ(x)dx_1 dx_2 = 0 et donc, que J est constante; montrer que ceci est impossible.
On a ainsi démontré le théorème de Brouwer particulier: toute application de classe C^2, de B dans B, a au moins un point fixe.

B. Forme générale du théorème de Brouwer

On admettra la généralisation suivante du théorème de Weierstrass: soit F un fermé borné non vide de ℝ^2, soit g : F → ℝ. Si g est continue, il existe, pour tout ε > 0, une application g_((ε)) de ℝ^2 dans ℝ, de classe C^2, telle que: sup{|g_((ε))(x) − g(x)| : x ∈ F} ≤ ε.
12. Montrer que si F est un fermé borné non vide de ℝ^2, et si g : F → ℝ^2 est continue, il existe, pour tout ε > 0 une application g_((ε)) de ℝ^2 dans ℝ^2, de classe C^2, telle que: sup{‖g_((ε))(x) − g(x)‖ : x ∈ F} ≤ ε.
13. Soit f : B → B, f continue. Soit ε > 0, il existe, d'après 12. une application f_((ε)) de ℝ^2 dans ℝ^2, de classe C^2, telle que: sup{‖f_((ε))(x) − f(x)‖ : x ∈ B} ≤ ε.
Soit h_((ε)) : ℝ^2 → ℝ^2, h_((ε))(x) = (f_((ε))(x))/(1 + ε).
Montrer que h_((ε))(B) ⊂ B et que: sup{‖h_((ε))(x) − f(x)‖ : x ∈ B} ≤ 2ε.
14. Montrer que si f : B → B est continue, elle possède au moins un point fixe.
15. Soit r > 0, soit f : B¯(O, r) → B¯(O, r), montrer que si f est continue, elle possède au moins un point fixe (considérer g : B → ℝ^2, g(x) = 1/rf(rx) ).
16. Soit A un convexe fermé borné non vide de ℝ^2, soit f : A → ℝ^2, f continue telle que: f(A∖A^∘) ⊂ A.
(a) Montrer qu'il existe r > 0 tel que: A ∪ f(A) ⊂ B¯(O, r).
(b) On associe au convexe fermé non vide A la projection P, comme cela a été défini en question 3. Soit alors h : B¯(O, r) → ℝ^2 définie par h(x) = f(P(x)). Déduire de l'étude de h que f possède au moins un point fixe dans A. On a donc le théorème de Brouwer général: si A est un convexe fermé borné non vide de ℝ^2, et si f : A → ℝ^2^– est continue et vérifie: f(A∖A^∘) ⊂ A, alors f possède au moins un point fixe dans A.

III. Quelques conséquences du théorème de Brouwer

  1. Soit f : B → S, telle que: f(x) = x pour tout x ∈ S. Montrer, en étudiant ( − f ), que f ne peut être continue (ceci constitue le théorème de non rétraction).
  2. Soit f : B → ℝ^2 telle que: f continue et f(x) = x pour tout x ∈ S. Soit alors y ∉ f(B), montrer, en étudiant g : B → ℝ^2 définie par: g(x) = (y − f(x))/(‖y − f(x)‖), que y ∉ B. En déduire que: B ⊂ f(B).
  3. Soit h : S × [0, 1] → S telle que: h est continue et h(x, 0) = x pour tout x ∈ S. Supposons qu'il existe y ∈ S tel que: h(x, 1) = y pour tout x ∈ S; soit alors f, de B dans S, définie par: f(x) = {h(x/(‖x‖), 1 − ‖x‖), si x ≠ O; y, si x = O.
    Montrer que f est continue et que cela contredit le théorème de non rétraction: en déduire que ( x → h(x, 1) ) ne peut être constante (on dit que S_– n'est pas contractile).
  4. Soit f : ℝ^2 → ℝ^2 telle que: f continue, (f(x)|x) ≥ 0 pour tout x ∈ ℝ^2, ‖f(x)‖ ⟶ _(‖x‖ → + ∞) + ∞. Soit y ∈ ℝ^2, soit r > 0, on définit, si y ∉ f(B¯(O, r)), l'application g_((r)) : B¯(O, r) → ℝ^2 par: g_((r))(x) = r(y − f(x))/(‖y − f(x)‖).
    (a) Montrer qu'il existe u_((r)) ∈ S(O, r) tel que l'on ait:
    (f(u_((r)))|u_((r))) = (y|u_((r))) − r‖y − f(u_((r)))‖.
    (b) Montrer que f(ℝ^2) = ℝ^2.

Fin de l'énoncé.

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